1963: ab. L. Wampach(+), Pol Glesner, ab. J.M. Oudar (+), Albert Francois.
On introduisait tout d'un coup "clergyman" et "non clercs"!




Un acte impérial
En ce mois d’octobre fut commémorée la signature, le 29 octobre 1807, par Napoléon Bonaparte, de l’acte autorisant l’évêque de Metz à « faire pour lui et ses successeurs » un séminaire à Bastogne.
Pourquoi Napoléon ? Parce qu’en raison du Concordat (« convenu » entre Napoléon et Pie VII en 1801), ce genre de décision, une sorte de dérogation à la loi sur l’enseignement laïc, revenait à l’empereur.
Pourquoi l’évêque de Metz ? Parce que sous l’empire, nous faisions partie du département des Forêts qui, réuni aux Ardennes (françaises) et à la Moselle, constitua le diocèse de Metz. Il n’y avait plus à l’époque aucun évêque dans toute la Belgique : chaque paroisse dépendait d’un diocèse dont le siège épiscopal était en France.
Pourquoi un séminaire à Bastogne?
A cette époque, au terme des turbulences qui accompagnèrent la Révolution française, la situation du clergé était catastrophique. Le grand (et seul) séminaire de notre immense diocèse (à Metz) ne comptait que vingt élèves « alors que la mort nous enlève chaque année trois fois plus de sujets parmi nos 1200 curés et desservants », rapporte l’évêque, Monseigneur Jauffret. En outre, le personnel religieux était en piteux état : intellectuellement et moralement, on avait touché le fond. En raison du manque d’infrastructures d’enseignement dans nos contrées, où les effets du concile de Trente (à l’initiative de Charles Quint, vers 1550, qui « inventa » les séminaires) ne s’étaient pas ou que peu concrétisés, les prêtres avaient été mal formés. Beaucoup avaient jeté leur froc aux orties, et parmi les autres, beaucoup avaient sombré dans l’alcoolisme et la débauche.

Quelques brèves picorées dans le courant du 19ème siècle
A sa fondation, le séminaire demandait aux internes 300 francs pour la pension durant les neuf mois et demi de classe (dont un vingtième était dû au Trésor français).
Les vacances commençaient le 1er août et duraient jusqu’au 15 octobre.
On devait suivre « parfaitement les études de latin et des belles-lettres, ainsi que la rhétorique ». La langue française y était enseignée « par principes » (sic). On donnait « même quelques connaissances en histoire naturelle et botanique suffisantes pour que les élèves soient à cet égard au niveau de l’instruction des personnes du monde les mieux élevées ». L’instruction y était qualifiée de « florissante ». Ainsi s’exprimait le directeur de l’époque, dans son rapport au sous-préfet.
Au milieu du siècle, sur environ 100 élèves, un tiers était des externes. Parmi eux, des non Bastognards vivant dans une famille en ville. Il arriva que l’un d’eux dût épouser la fille de son « aubergiste ». Une circulaire veilla à ce que cela ne se reproduise plus…
La population était très pauvre, les étudiants aussi : on vivait chichement. Toutefois, l’ordinaire des élèves comprenait de la bière à midi.
On ne buvait pas que de la bière : on buvait aussi de l’eau. Et un rapport très sérieux établi à l’intention des autorités supérieures mentionne que si l’éducation au séminaire atteint si parfaitement ses objectifs, c’est parce que l’eau de Bastogne rend sage (ne rapportez pas ceci à l’AIVE, car elle risque d’augmenter le prix du m3 du barrage de Nisramont transitant par le château d’eau de Luzery) !

De mon temps…
Au milieu du 20ème siècle, le séminaire était considéré comme très rigoureux.
L’internat était obligatoire, avec retour en famille uniquement à la Toussaint, à Noël, au carnaval, et à Pâques.
On lisait beaucoup, mais pas question de lire un bouquin non revêtu de l’autorisation, à usage personnel, d’un prêtre. Lire Spirou par exemple, était rigoureusement interdit, même en rhéto.
En 1957, nous logions dans un dortoir où étaient encore visibles tous les stigmates de l’Offensive. Ni chauffage, ni eau courante. Juste sous la toiture, non isolée, il va de soi. Un bassin d’eau chacun au pied de son lit, pour sa toilette du matin. Certains jours, en hiver, il fallait casser la glace qui s’était formée la nuit, pour mouiller un peu son gant de toilette.
La mixité n’existait pas ! Les après-midi de promenade, nous allions en colonne de deux à trois cents élèves, pérégriner dans la campagne bastognarde (les autres allaient jouer au foot, à Sans-souci). Il se disait que préalablement, les directions du séminaire et des Sœurs de Notre-Dame se téléphonaient, pour que les parcours des pensionnaires respectifs ne se croisassent pas. Quand les garçons allaient du côté de Neffe, sûr que les filles allaient du côté d’Hemroulle ! Les temps ont changé…
A l’époque, le quart des universitaires luxembourgeois était des anciens du séminaire de Bastogne.
Tous les professeurs étaient des prêtres, ensoutanés avec 33 boutons réglementaires sous leur raide col romain. Tous sauf un : le professeur de gymnastique. Cela en dit long sur la considération dont bénéficiait l’activité physique dans l’enseignement. Heureusement, ces « profs de gym » étaient on ne peut plus « sympas ». Et bons pédagogues. Successivement, Monsieur Granville, grand escrimeur namurois (faut croire qu’aucun Luxembourgeois n’avait été formé à cette discipline subalterne !) puis un jeune du crû, jeune mais bien connu pour ne pas dire adulé, gardien de but de niveau national : Albert François. Supposons que le poste de prof de gym revînt également obligatoirement à un prêtre : Albert François eût dû recevoir la plénitude du sacerdoce. Et il ne serait jamais devenu au bourgmestre de Houffalize ce que Roger Hanin fut à François Mitterrand.
Vous voyez à quoi m’a servi l’étude du grec et du latin : on croit que je m’écarte du sujet ? Que nenni ; mon article a commencé par Napoléon, il se termine par Mitterrand : si ça, ce n’est pas un fil rouge !

René Dislaire.




 

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Photos & reportage: Rene Dislaire
2 novembre 2007

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