cinéma par Jean-Phi
Interview de Déborah François et Jérémie Segard
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C’est à Verviers, un soir de septembre, que nous avons eu l’occasion de rencontrer deux des trois interprètes principaux de « L’enfant », plus accessible que les réalisations précédentes de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Si le dernier film des frères met en vedette deux de leurs acteurs fétiches (Jérémie Renier et Olivier Gourmet), il révèle aussi le talent de deux nouveaux venus : Déborah François et Jérémie Segard.

Déborah François, Est-ce que vous vous sentez plus actrice maintenant qu’avant le film, avec tout ce que vous avez vécu ?

Déborah François – Disons que j’ai plus l’habitude maintenant de répondre à des questions. Mais « se sentir actrice », ça fait un peu statut. Je n’aime pas trop quand quelqu’un arrive et dit : « je suis acteur ». Me sentir actrice, non. Si on me demande mon métier, je ne dirai pas forcément comédienne. Je répondrai que j’étais lycéenne et que maintenant, je vais être universitaire. Je ne considère pas vraiment cela comme mon métier. Si je continue à faire des films et que je vois que j’ai une petite carrière qui se dessine, j’éprouverai ce sentiment. Mais ce n’est pas le cas pas pour le moment.

Déborah François est très juste dans le rôle de jeune maman que les frères lui ont offert

Et vous comptez poursuivre vos études et continuer le cinéma en parallèle ?

D.F. – J’aimerais bien continuer mon travail de comédienne, continuer à faire des films, et poursuivre mes études en parallèle. Mais si un jour je dois faire un choix, ce sera le cinéma qui passera avant.

Qu’étudiez-vous ?

D.F. – Les langues romanes.

Vous avez des projets en matière de cinéma ?

D.F. – Oui, je commence à tourner dans deux semaines le 26 septembre, avec Catherine Frot comme actrice principale.

Comment s’est déroulée votre première rencontre avec les frères Dardenne, votre premier casting ?

Jérémie Segard – Personnellement, je n’étais au courant de rien. C’est ma mère qui a vu une annonce dans un magazine féminin. Elle y a répondu et un jour, en revenant de l’école, j’ai vu sur la table l’annonce et une lettre. Ca m’a complètement surpris. Je suis ensuite allé au casting où j’ai du faire un peu d’improvisation, répéter des phrases.

D.F. – Quant à moi, j’ai reçu des bouts de texte. Mais vu qu’il n’y a pas énormément de texte, les frères m’ont donné quelques phrases à mémoriser en vitesse. Des phrases quelque peu changées, pour qu’on ne devine en rien la teneur du scénario. Il y avait également des jeux de regard. Des choses simples aussi, comme voir si on résiste à la lumière.

Elle rit

 


Dans « L’enfant », Jérémie Segard joue le rôle d’un jeune voleur

Était-ce votre première expérience cinématographique ou aviez-vous déjà fait un peu de figuration auparavant ?

D.F. & J.S. – C’était notre première expérience et le premier casting aussi.

Est-ce que vous avez eu l’occasion de rencontrer les autres acteurs que les frères ont révélé, comme Olivier Gourmet et Émilie Dequenne ?

D.F. – Olivier Gourmet, oui. Il était sur le film. Émilie Dequenne, pas encore. Mais elle va venir à l’avant-première à Paris normalement.

J.S. – Moi, Olivier Gourmet, je l’ai vu à la fête de fin de tournage.

Est-ce que vous avez eu l’impression d’intégrer une grande famille avec les frères ?

J.S. – Vraiment une famille, oui ! Il y avait une bonne ambiance, une ambiance familiale.

 

 


Les frères Dardenne à Cannes avec leurs deux acteurs principaux, une grande famille

 

D.F. – Surtout après le tournage pour ma part puisque pendant le tournage, comme on n’avait pas les même rôles, ils ne se sont pas non plus comportés de la même manière. C’était quand même plus relax pour Jérémie parce qu’il avait parfois des scènes qui l’étaient davantage que les miennes.

J.S. – Oui, on rigolait bien. On faisait les voleurs et tout ça.

Il rit

D.F. – Et puis pour moi, c’était un peu plus difficile parce qu’il y a beaucoup de scènes qui sont plus dures même s’il y a beaucoup de scènes où on rit. Donc ils étaient peut-être un petit peu plus durs justement avec moi. Mais après, ça se passe vraiment très bien : ils nous téléphonent, ils prennent de nos nouvelles. Là, ils savent que je vais commencer à tourner donc ils me téléphonent et me demandent comment les répétitions se passent. C’est chouette.

Est-ce que c’est difficile de s’imposer comme jeunes dans un monde de grands ? On vous regarde comment dans ce milieu-là ?

J.S. – Justement, avec eux, il était facile de s’intégrer car ils nous ont pris en charge. Commencer avec eux, c’était vraiment génial.

D.F. – Les frères Dardenne ont l’habitude de tout ça .Donc vis-à-vis d’eux, ça allait. Et vis-à-vis d’un certain milieu, on n’a pas encore pu vraiment s’intégrer. On n’a pas rencontré des tas d’acteurs et de réalisateurs donc il n’y a pas d’intégration à avoir pour le moment.

Ce que les Dardenne filment n’est jamais très gai. Que pensez-vous de la vision qu’ils donnent de Liège et de la vie ?

D.F. – C’est réel ! Ce n’est ni gai ni triste. Le film n’est pas triste parce que les personnages présentés ne sont pas tristes de leur condition. Ce n’est pas un film misérabiliste.


Déborah François et Jérémie Renier forment un couple de cinéma touchant

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le scénario de « L’enfant » ?

D.F. – Quand on lit un scénario des Dardenne, les lieux ne sont pas encore précis parce qu’ils ne savent pas encore où ils vont tourner. Les caractéristiques physiques ne sont pas décrites. Il y un âge qui est donné mais c’est vague. Les gestes et les paroles des personnages sont décrits, pas ce qu’ils ressentent. C’est à nous de donner vie aux personnages. Pour m’aider, j’ai inventé une histoire à Sonia. J’avais besoin de savoir d’où cette fille venait, pas où elle irait. Voir les lieux, voir l’appartement, aide beaucoup.

Bons films !Jean-Phi

jeanphi111@yahoo.com



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Photos & reportage : Jean-Phi
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1er octobre 2005

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